Gilles Deleuze et non dualité par José Le Roy

Gille Deleuze a écrit certaines pages qui pointent vers la non-dualité, même si à mon avis, le concept et l'expérience de non-dualité ne sont pas claires pour lui (mais je me trompe peut-être).

Mais si on lit la page suivante, extraite de Qu'est-ce que la philosophie? on comprend que pour lui l'art a pour rôle de nous faire éprouver un percept non-duel au-delà des catégories d'objet et de sujet. Deleuze écrit : "Le but de l'art, avec les moyens du matériau, c'est d'arracher le percept aux perceptions d'objet et aux états d'un sujet percevant."

Dans le percept , "c'est le paysage d'avant l'homme, en l'absence de l'homme". "On n'est pas dans le monde, écrit-il, on devient avec le monde, on devient en le contemplant. Tout est vision, devenir. On devient univers. Devenirs animal, végétal, moléculaire, devenir zéro."

Devenir l'univers et zéro, voilà qui sonne en effet comme une expérience de non-dualité.

J'ai diné quelque fois avec Gille Deleuze, il y a bien longtemps, mais je ne connaissais encore rien à la non-dualité. Dommage; j'aurai bien aimé le questionner là-dessus.

José Le Roy

voic l'extrait :

 

 

"Le roman s'est souvent élevé au percept : non pas la perception de la lande, mais la lande comme percept chez Hardy ; les percepts océaniques de Melville ; les percepts urbains, ou ceux du miroir chez Virginia Woolf. Le paysage  voit. En général, quel grand écrivain n'a su créer ces êtres de sensation qui conservent en soi l'heure d'une journée, le degré de chaleur d'un moment (les collines de Faulkner, la steppe de Tolstoï ou celle d'un Tchekhov) ? Le percept, c'est le paysage d'avant l'homme, en l'absence de l'homme. Mais dans tous ces cas, pourquoi dire cela, puisque le paysage n'est pas indépendant des perceptions supposées des personnages, et, par leur intermédiaire, des perceptions et souvenirs de l'auteur ? Et comment la ville pourrait-elle être sans homme ou avant lui, le miroir sans la vieille  femme qui s'y reflète même si elle ne s'y regarde pas ? C'est l'énigme (souvent commentée) de Cézanne : " l'homme absent, mais tout entier dans le paysage. " Les personnages ne peuvent exister, et l'auteur ne peut les créer, que parce qu'ils ne perçoivent pas, mais sont passés dans le paysage et font eux-mêmes partie du composé de sensations. C'est bien Achab qui a les perceptions de la mer, mais il ne les a que parce qu'il est passé dans un rapport avec Moby Dick qui le fait devenir-baleine, et forme un composé de sensations qui n'a plus besoin de personne : Océan. C'est Mrs. Dalloway qui perçoit la ville, mais parce qu'elle est passée dans la ville, comme " une lame à travers toutes choses ", et devient elle-même imperceptible.  Les affects sont précisément ces devenirs non humains de l'homme , comme les percepts (y compris la ville) sont  les paysages non humains de la nature . " Il y a une minute du monde qui passe ", dit Cézanne. On n'est pas dans le monde, on devient avec le monde, on devient en le contemplant. Tout est vision, devenir. On devient univers. Devenirs animal, végétal, moléculaire, devenir zéro."

Gilles Deleuze

© 2018 par José Le Roy

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